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France: Qui intègre qui ou quoi ?

Par Ahmed Djouder, écrivain et éditeur. Auteur du livre « Désintégration » paru aux Editions Stock.(05/05/2006)

L’idée actuelle d’intégration prête à rire, mais jaune. Pendant quelques décennies, après la Seconde Guerre mondiale, les hommes politiques français ne souhaitaient pas que les immigrés s’intègrent. Des mesures avaient été prises pour empêcher ces gens, venus d’Afrique notamment, de trop aimer la France. Le besoin de cette main-d’œuvre docile et peu exigeante n’ayant pas cessé, les années ont passé et il n’était tout simplement pas humain de maintenir loin de leur famille les hommes immigrés. Finalement, une loi sur le regroupement familial a été votée. Les enfants d’immigrés, bien français aujourd’hui, ont grandi avec l’idée qu’un jour ils repartiraient dans leur pays d’origine. La montée de l’extrême droite dans les années 80 n’a d’ailleurs fait que renforcer le sentiment d’être indésirable.

Aujourd’hui, on entend dire : “Ils ne se sont pas intégrés les bougres !” De qui parle-t-on ? Si l’on parle des immigrés âgés, en France depuis plus de trente ou quarante ans, alors effectivement ils ne sont pas intégrés dans le sens où on ne leur a pas donné de cours de langue française. “On” a oublié de les instruire. Ces gens ne sont pas allés chercher l’“extraordinaire” culture française parce qu’ils sont dans la classe des pauvres. Lorsqu’on est pauvre, on est dans la survie, on pense à manger, à avoir un toit et à élever ses enfants.

La culture ou l’envie d’être français, ce n’est pas leur souci premier. Si l’on parle des enfants d’immigrés, la plupart ont une instruction minimale et se fondent assez bien dans la population française. Reste que certains employeurs, certains propriétaires peinent à les intégrer. Il faut voir alors l’intégration dans l’autre sens : l’acceptation par les Français de ces immigrés et de leurs enfants, et surtout de l’histoire qui les a placés ici en France.

Mais quand on veut parler d’intégration, on pense surtout aux jeunes Beurs et Blacks qui “sèment” la terreur dans les villes. Et là, l’intégration est le terme plus correct pour évoquer une sorte de domestication. En faisant des immigrés et de leurs enfants des boucs émissaires, en les traitant comme des bêtes sauvages à dompter, des races à sélectionner et à mettre au pas, la France opte pour une politique primitive et dangereuse.

Fermeté et rigueur, tels sont les mots d’ordre. La France endosse le rôle de la mauvaise mère, qui punit, prive et castre en croyant agir pour le bien de ses enfants. La mauvaise mère crée des êtres révoltés qui se retournent tôt ou tard contre elle. La crise des banlieues et les manifestations anti-CPE en sont les illustrations parfaites. Doit-on supprimer les mots “égalité” et “fraternité” de la devise républicaine pour rendre sa cohérence à la France ? Le gouvernement français n’a-t-il pas compris que diriger un pays signifie servir, pacifier, rassembler, réconcilier, unir ?

Source: Metro

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