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Politique : Les jeunes veulent y croire mais…

· Une douzaine de jeunes issus de Hay Mohammadi s’initient au débat politique
· L’absence d’élus crédibles et sensibles à l’intérêt général a été dénoncée

Créer un environnement positif destiné à soutenir les jeunes du quartier Hay Mohammadi (à Casablanca), telle était la devise d’un groupe de jeunes qui, le 7 mars 2002, décidaient de se prendre en main et créer l’association «Initiative urbaine». Leur slogan «jeunes acteurs de proximité: activons nos espoirs solidaires».

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, la détermination, le sérieux et la rigueur des troupes a porté ses fruits. En effet, la structure associative jouit d’une légitimité qui a dépassé les frontières du Derb Moulay Chérif. Pour preuve, son réseau de partenariat (Manpower, la Fondation allemande Friedrich Naumaan, Décathlon, l’Heure Joyeuse, commune urbaine de Hay Mohammadi) et une marraine Faiza Fassi-Firhi, ce qui représente un capital confiance pour l’équipe du président Abdeljalil Baickar. Pour la petite histoire, sachez que le jour de notre visite dans les locaux d’Initiative urbaine, le staff était contacté par l’infatigable Mohamed M’Jid pour un soutien (de choix) supplémentaire.

Si l’association qui propose des activités aussi variées que nombreuses (soutien scolaire, initiation informatique, cours de chant-théâtre, ateliers sur les techniques de recherche d’emploi), est apolitique, il n’en reste pas moins qu’un groupe de jeunes s’est prêté à l’exercice du débat politique. Que pense-t-il des partis? Adhèrent-ils à leurs valeurs? Comment évalue-t-il l’action du politique?

«J’ai du mal à identifier les différents courants politiques sur le terrain. La seule appréciation que je m’en fais, repose sur leur omniprésence dans le quartier lors des élections. Passé ces échéances, ils disparaissent», déclare Kamal. «Je ne suis pas d’accord! Il ne faut pas les mettre tous dans le même sac. A Hay Mohammadi, personne ne peut contester le dévouement et la disponibilité du député Mohamed Gassem(1)», réplique Redouane. Pour Bouchaïb, «il faut reconnaître qu’ils ont réussi une chose, celle de nous dépolitiser». «OK pour l’état des lieux mais que fait-on pour inverser la situation. Est-ce une raison valable pour baisser les bras? Ou au contraire, se mobiliser afin de participer à la construction d’une société moderne, ouverte et dynamique», rétorque Abdeljalil.

Cloîtré dans un angle de la salle, Medhi intervient au moment où le débat s’engage. «C’est une révolution qu’il faut! Je ne vois rien d’autre pour que nous repartions sur des bases saines. Faut arrêter de croire que les politique, vont mettre le pays sur les rails!» lâche-t-il. Du coup l’atmosphère se glace, les visages sont crispés. C’est le moment que choisi l’ancien militant «gauchiste», vétéran de l’équipe associative, Abdelkader pour prendre la parole. «Il est regrettable que ceux qui se voulaient porteurs de valeurs de gauche, voire d’extrême gauche dans les années 70, n’ont brillé que par leurs discours.

Dès qu’ils ont goûté au pouvoir, ils ont complètement viré de bord pour tourner le dos à ceux qui ont cru en eux», indique-t-il. S’il n’adhère plus à la politique, il a rejoint le milieu associatif car «c’est sain et l’on se sent utile. De plus, quelle joie de sentir que nous existons», ajoute-t-il. Si les mots sont durs mais la soif de construire se lit dans son regard. L’échange se poursuit et prend une autre trajectoire lorsque Abdeljalil s’exprime sur l’Initiative nationale du développement humain (INDH). Ce dernier se lance dans un exposé où il tente de défendre l’idée que l’INDH a été (aussi) conçu pour «responsabiliser les politiques et plus particulièrement les élus locaux ainsi que favoriser l’action associative. En clair, que nous apprenions à travailler ensemble pour l’intérêt général». Une analyse qui a trouvé un écho chez ses collègues.

Pour autant, c’est une volonté royale et non émanant des partis politiques. «Comment veut-on que nos institutions fonctionnent normalement lorsque vous avez des analphabètes aux responsabilités publiques?» lance Hichem. Un éclat de rire collectif s’invite. Puis, c’est autour de Si Mohamed de prendre part au débat. «Je serai prêt à faire table rase sur un certain nombre de choses si un parlementaire répond à une seule question.

Comment peut-il changer de parti politique en cours de route, c’est une insulte pour ceux qui ont voté pour lui. Oui pour la réconciliation avec la politique mais pas à n’importe quel prix!» affirme-t-il sur un ton brin désabusé.

Au rayon des hommes politiques qui les ont marqués, Abdeljalil cite le Dr Abdelkrim Khattib, cofondateur du Mouvement populaire. «Il a marqué l’histoire politique du pays, il reste un grand homme à mes yeux», déclare-t-il. «Que fait-il avec le PJD?» questionne Ayoub. Personne ne daigne répondre à la question. Néanmoins, le débat reprend sur le parti «pjidiste». «J’ai entendu dire qu’il remporterait les prochaines élections avec 48% des suffrages». Tour à tour, la douzaine de jeunes porte un jugement sur l’action de ce parti. «Je n’ai pas confiance en eux. Chaque fois que des festivités sont organisées à Hay Mohammadi, ils viennent critiquer les animations avec méchanceté», précise Abdelkader. Quant à Si Mohamed, il indique que «l’unique mérite qu’ils ont, c’est d’avoir su exploiter les points faibles des autres partis». Pour Mehdi, seule la volonté au plus haut sommet de l’Etat primera. «Si l’Etat décide que le PJD gouverne, ce parti gouvernera. S’il ne le veut pas, pas de PJD en 2007 au gouvernement, c’est tout».

(1) Mohamed Gassem, un député de la circonscription de Hay Mohammadi sous la bannière de l’Union constitutionnelle (UC).


Rachid Hallaouy
Source : L'Economiste

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